Dieu peut-Il avoir des regrets

Nous avons tendance à attribuer au Créateur des sentiments qui semblent
être propres aux créatures qu’Il a faites à son image, comme la jalousie, le
regret, ou même la crainte. D’abord dans quel sens sommes-nous faits à
l’image de Dieu ? Cela signifie-t-il que Dieu possède une morphologie
semblable à la nôtre ? Non. Cette ressemblance est qualitative. C’est-à-dire
que Dieu nous a dotés de qualités semblables aux siennes, telles que l’amour,
la pitié, l’empathie, la justice, la notion de l’éternité, de l‘inexistence, etc.

De ce fait, les sentiments que nous éprouvons ne sont pas inconnus du
Créateur. S’Il pouvait mal agir, Il ressentirait exactement le même sentiment
de regret que l’homme. Mais alors, pourquoi la Bible (1 Samuel 15:11, Genèse
6:7) parle-t-elle du repentir de Dieu et du fait qu’Il puisse éprouver du regret
?

Le mot repentance dans le nouveau testament vient du mot grec
« metanoia » qui signifie changer, mais il est employé le plus souvent en
rapport avec notre état d’esprit, au sentiment que nous éprouvons d’avoir
mal agi. Etant donné que Dieu ne fait jamais de mauvais choix et qu’Il agit
toujours avec justice, comment peut-Il se repentir et éprouver du regret ?
D’autant plus que 1 Samuel 15 : 29 déclare :

« Celui qui est la force d’Israël ne ment point, car il n’est pas un homme
pour se repentir […] »

La Bible se contredirait-elle ? C’est l’idée que font courir ses adversaires,
principalement des musulmans. En effet, lorsque nous lisons ces versets sans
les approfondir, leur interrogation et leur doute sont compréhensibles.

N’oublier pas que les versets dont nous parlons ont été traduits de l’hébreu
vers nos langues courantes. Il est donc important de voir l’étendue du mot
dans sa langue d’origine ; car selon les circonstances il peut revêtir un sens
différent. De ce fait, si nous le traduisons à chaque fois par le même terme,
parce qu’aucun autre mot dans la langue traduite ne peut lui rendre tout son
sens, cela peut porter à confusion. C’est le cas du mot hébreu (nacham) et ses
dérivés que nous traduisons par se repentir. Voyons ses différentes
utilisations :

Genèse 5:29 : « Il lui donna le nom de Noé, en disant : celui-ci nous
consolera (nacham) de nos fatigues et du travail pénible de nos mains,
provenant de cette terre que l’Eternel a maudite. »

C’est le mot nacham qui est utilisé ici ; il ne comporte aucun sentiment de
regret ou de repentance mais un changement de situation.

Genèse 24:67 déclare : « Isaac conduisit Rebecca dans la tente de Sara,
sa mère, il prit Rebecca qui devint sa femme, et il l’aima. Ainsi fut
consolé (nacham) Isaac après avoir perdu sa mère. »

Le terme nacham comporte ici le sens d’un changement d’état du cœur. Il
peut aussi exprimer un changement radical donnant lieu à une vengeance.
On lit en Genèse 27:42 :

« On rapporta à Rebecca les parole d’Esaü, son fils ainé. Elle fit alors
appeler Jacob, son fils cadet et elle lui dit : ‘voici, Esaü, ton frère, veut
tirer vengeance (nacham) de toi, en te tuant. » Genèse 27:42

Nacham comporte souvent l’idée de consolation, mais dans tous les cas, il y
a un changement dans l’état d’esprit, ou dans le comportement. On retrouve
le terme (nacham) et ses dérivés dans d’autres textes évoquant l’idée de
pitié : Deutéronome 32:36 : « L’Eternel jugera son peuple, mais il aura
pitié (nacham) de ses serviteurs ».

Juges 2:18 : « Lorsque l’Eternel leur suscitait des juges, Il était avec les
juge et Il les délivrait de la main de leurs ennemis pendant toute la vie
du juge ; car l’Eternel avait pitié (nacham) de leurs gémissements… »

Jérémie 20:16 : « Que cet homme soit comme les villes que l’Eternel a
détruites sans miséricorde (nacham). Esaïe 51:3 : « Ainsi l’Eternel a
pitié (nacham) de Sion […] »

On retrouve le terme nacham en 1 Chroniques 21:15, où il est traduit par se
repentir, comme si Dieu avait pris une mauvaise décision, mais on aurait pu
aussi le rendre par « avoir pitié de ». On y lit :

« Dieu envoya un ange à Jérusalem pour la détruire. Pendant qu’il
ravageait la ville, l’Eternel regarda et se repent (nacham) de ce mal
[…] »

Ce n’est rien d’autre qu’un changement (dans l’état d’esprit et en actes)
motivé par la pitié. Dieu commanda à l’ange d’arrêter ces exécutions, parce
qu’il eut pitié de ses habitants. S’agissait-il d’une épidémie ? La bible ne le
précise pas. Mais on traduit nacham par se repentir pour signifier le fait de
revenir en arrière. Le terme nacham en ce qui concerne Dieu ne signifie pas
qu’Il ait mal agi et qu’Il aurait dû prendre une autre décision ; car ses actes
sont toujours guidés par une justice parfaite, mais empreinte d’amour, de
compassion.

Lorsque Nombres 23:19 dit que Dieu n’est point un homme pour mentir, ni
un fils d’homme pour se repentir (nacham), l’auteur sous-entend que Dieu
est incapable d’un revirement prédéterminé, mensonger, stratégique.

Le terme nacham est employé lorsque Dieu, pour une raison quelconque,
telle que la repentance du pécheur, se retient d’appliquer une sentence
prévue. Il peut également signifier « une attente déçue. » Nacham aurait pu
être employé en ce qui concerne la rébellion de ses créatures spirituelles,
ainsi que celle d’Adam et d’Eve.

Quelqu’un a laissé entendre que si le Dieu de la Bible peut être déçu, c’est
qu’Il s’agit d’un faux dieu, étant donné que le Vrai Dieu possède la
prescience et qu’Il connaît à l’avance les événements à venir. Cette réflexion
amène aussi certaines personnes à croire que le péché d’Adam et d’Eve avait
été prédestiné par Dieu. Mais ce n’est pas le cas.

Certes, Dieu possède la prescience, mais Il n’en fait pas systématiquement
usage. Si nous possédons toutes les données, nous pouvons utiliser la
simulation par ordinateur pour savoir comment un système va se comporter,
mais nous ne sommes pas obligés de le faire dans tous les aspects de notre
vie. Quel plaisir aurions-nous à regarder un film avec quelqu’un assis à notre
côté, qui nous dit tout ce qui va arriver ? N’oublions pas que nous sommes
faits à l’image de Dieu.

Si Dieu a fait écrire des prophéties, c’est pour que nous sachions que le
prophète est son envoyé, ou que le livre est inspiré de Lui. Mais Il n’est pas
submergé par un flot d’informations à venir qu’il ne peut contrôler, ou qu’Il
est obligé d’assimiler. Lorsque nous faisons un vœu à Dieu, Il peut utiliser sa
prescience pour savoir si nous allons le respecter ou pas. Mais Il ne le fait
pas. Il se met à notre hauteur pour traiter avec nous. Voilà pourquoi la
notion de déception ne Lui est pas inconnue. Il a parfois été déçu d’Israël.

Pareillement, lorsque nous nous repentons et que nous demandons pardon à
Dieu, Il pourrait faire usage de sa prescience pour savoir si nous
recommencerons ou pas ; mais sa justice parfaite l’oblige à nous juger en
fonction de notre état d’esprit du moment. Dieu ne préjuge pas. Ce n’est pas
conforme avec une justice parfaite. Si nos prévisions peuvent s’avérer
exactes, qu’en dire alors de celles de Dieu ? Pourquoi ferait-Il
systématiquement usage de sa préscience ?

Dieu savait que les Cananéens allaient atteindre un tel degré de perversion,
au point d’offrir en sacrifice à de faux dieux leurs propres enfants, et qu’Il
serait obligé de les chasser du territoire destiné à son peuple. Cela pourrait
nous paraître approprié qu’Il intervînt contre eux avant qu’ils devinssent des
peuples nombreux. Mais notre justice n’est pas celle de Dieu. Il ne pouvait
pas intervenir contre eux sous prétexte que dans quelques siècles leur
mauvaise manière d’agir allait atteindre son paroxysme. Ainsi, Il dit à
Abraham dans un rêve :

« Sache avec certitude que ta postérité deviendra résident étranger
dans un pays qui n’est pas le leur, et ils devront les servir et ceux-ci les
affligeront assurément pendant quatre cents ans […] Mais à la
quatrième génération, ils reviendront ici, car l’iniquité des amorites
n’est pas encore à son comble. » (Genèse 15:13 à 16).

Dieu fit voir en prophétie à Jean dans le livre de l’Apocalypse les torts que
vont causer après le millénium beaucoup de ceux qui seront ressuscités pour
le jugement (Gog et Magog). Apocalypse 20:7 à 9. Personne n’aurait vu de
mal à ce que Dieu se garde de les ressusciter, sachant que de toute manière ils
n’accepteront pas de se conformer à la vérité relative au Christ et à la paix.
Personne ne doit subir la prescience de Dieu.

Si nous devions choisir quelqu’un pour occuper une fonction et que nous
pouvions faire usage de la prescience, nous n’hésiterions nullement à
l’employer, quitte à choisir une fille ou un garçon de neuf ans. Mais la justice
parfaite de Dieu l’oblige à choisir la personne la plus apte sur le moment
pour occuper la fonction. C’est d’ailleurs ce qu’Il fit avec Saül, puis avec
David. Malheureusement l’homme, contrairement à Dieu, est sujet à des
variations. Ainsi put-il dire en 1 Samuel 15:11 :

« Je me repens (nacham) d’avoir établi Saül pour roi, car il se détourne
de moi et il n’observe point mes paroles… »

Le mot repentir employé pour Dieu n’a pas le même sens que pour
l’homme. Il s’agit pour Dieu d’une attente déçue en comparaison au jour où
Saül fut choisi comme roi, et non d’un mauvais choix résultant d’une
méconnaissance. Dieu ne regrette pas d’avoir choisi Saül, car s’Il devait
recommencer, sa justice l’obligerait à choisir le plus apte, Il ferait exactement
le même choix.

En créant Adam et Eve, Dieu s’attendait à ce que les choses se déroulèrent
telles qu’Il les avait prévues. Mais ce n’était pas le cas. La violence qui régnait
sur la terre en ce temps-là fit dire à l’auteur que l’Eternel (YHWH) se repent
(nacham) d’avoir fait l’homme sur la terre, et qu’Il fut affligé dans son cœur.
Genèse 6:6.

En d’autres termes, ce n’était pas ce qu’Il avait prévu pour l’humanité. Il fut
désolé du comportement de ses créatures. C’est un changement de
sentiment, d’état d’esprit, en un mot, une déception. Car Dieu n’a rien à se
reprocher pour avoir des regrets. Il dit dans le livre de Genèse que tout ce
qu’Il avait fait était « très bon ».

Dire que si le Dieu de la Bible peut être déçu comme un humain, c’est qu’il
est un faux dieu, démontre toute la profondeur de l’ignorance de certains
hommes. Leur connaissance du Vrai Dieu est très limitée, voire superficielle.
C’est comme s’ils affirmaient que puisque Dieu est au-dessus de tout, Il ne
peut obéir à des normes très élevées de justice, de vérité, et de fidélité.

Et pourtant Il est l’exemple parfait pour ses créatures : en amour, en justice,
en fidélité, en vérité, etc. Tel un père, Il aimerait aussi que ses enfants Lui
ressemblent. Mais si le père est contraignant, orgueilleux, qu’il prône
l’idolâtrie, en incitant les anges à se prosterner devant Adam, comment peut-
il encourager ses créatures à l’imiter ? Sourate 59:23 dit, au sujet d’Allah :

« C’est Lui, Allah. Nulle autre divinité que Lui, Le Souverain […] Le
Contraignant, L’orgueilleux […] »

Un homme qui prétend être un représentant de Dieu, son envoyé, un
prophète, doit pouvoir refléter ses qualités, comme Jésus le faisait. S’il est un
menteur, quelqu’un qui ne tient pas sa parole, un violeur, un voleur, un
assassin, un kidnappeur de femmes, quelqu’un qui pratique la razzia et
torture pour se procurer des gains injustes, il est impossible qu’il soit un vrai
prophète de Dieu. Jésus aurait dit de lui : « Vous avez pour père le Diable
[…] »

Sachons que la justice parfaite de Dieu ne l’autorise pas à préjuger. Il ne fait
pas un usage abusif de sa prescience. Jésus a fait comprendre que notre
justice est une chimère aux yeux de Dieu. Ce n’est donc pas Lui qui va brûler
éternellement un être humain en Enfer simplement parce que celui-ci avait
pris la fuite au combat pour échapper à une mort certaine. Cette doctrine est
incompatible avec un Dieu parfaitement juste.