UNE ÉTHIQUE ILLOGIQUE #2


La science de l'éthique est un département de cette science de l'esprit et participe de son importance. C'est le plan le plus élevé de la pensée humaine.
L'homme, en tant qu'être morale, se dresse au sommet de la pyramide de la création. Les matières minérales, végétales et animales, sont toutes sous sa domination. Aussi importante que puisse
être la question : Qu'est-ce qui est vrai ?
bien plus importante est cette autre question, qu'est-ce qui est juste ? D'autres sciences comme l'ingénirie navale, peuvent construire et lancer le navire ; mais il s'agit de déterminer
pour quel port il doit mettre les voiles la vapeur ou l'hélice, par quelle boussole il doit être guidée, quelles sont les longitude et latitude, et si le voyage doit être licite ou pirate. Cela a à voir avec le péché et le salut, avec le progrès dans le temps et son destin dans l'éternité. Cette science ne peut pas non plus être justement méprisée parce qu'elle est métaphysique ; car elle est
aussi extrêmement pratiquo-pratique.
« Le devoir d'être éthiquement conforme à La Volonté de Dieu est une puissance qui se lève avec nous le matin et se repose avec nous la nuit. Elle est coextensive à l'action de notre intelligence. C'est
l'ombre qui s'attache à nous, va où nous voulons, et qui ne nous quitte que lorsque nous quittons la lumière de la vie. Nous ne sommes pas non plus justifiés
de refuser de cultiver cette science parce que nous avons la Bible. La Bible est destinée à guider notre nature morale. La vraie science morale est dérivée de la Bible, ainsi
que de la nature de l'âme; et, par conséquent, étudier la morale, c'est étudier la Bible. En outre, notre interprétation de la Bible et notre application à nous-mêmes et aux autres, est, dans une large mesure, déterminé par nos vues de cette science. Pour prendre un seul exemple, si le prédicateur croit que la qualité
morale est dans l'acte manifeste, alors il condamnera à la perdition tous ceux qui, par ignorance ou par erreur, manquent à l'exacte lettre de la loi.

Les différences et les erreurs d'éthique sont principalement dues à une mauvaise logique. Sur les grands faits et principes, tous s'accordent ; par conséquent,
bien que les théories puissent différer, le fort courant du sens commun nous porte presque tous dans la même direction pratique. Ici, comme partout ailleurs,
se trouve la principale source d'inférences illogiques en termes obscurs et ambigus. Nous supposons que les termes communs sont compris et utilisés de la même manière, et donc, sans le vouloir, nous les utilisons
dans des sens différents. Le mot
"conscience" est souvent utilisée sans aucune idée précise de sa signification. Elle se confond même avec la conscience. Un auteur utilise le mot comme
signifiant « cette intuition qui affirme l'obligation morale » ; un autre, au sens large, comme incluant le jugement. Les premiers, par conséquent, maintiendront
que cette conscience est un guide parfait, d'autorité absolue, et non une chose servant de facteur d'éducation ; les autres, diront qu'elle est soumise à l'éducation, et en aucun sens un véritable guide.

Les mots bien, mal, péché et devoir ont un double sens ; et rien n'est plus commun que pour le même écrivain de les confondre, et pour des écrivains différents de les utiliser dans des sens à géométrie variable, et semblent ainsi être diamétralement opposés les uns aux autres. Pour montrer clairement ce double usage de
ces termes importants, laissons
A, B, C, D, dans le schéma suivant, représententer
[un blocs en formation]
respectivement l'agent, l'acte, le droit  subjectif, et le droit absolu. A partir de l'acte B, nous pouvons regarder en arrière vers l'agent A et considérer leur relation comme
bonne ou mauvaise, coupable ou innocent, et l'acte comme un devoir ou non, selon le cas. C'est le domaine du droit subjectif, c'est-à-dire ce qui est autorisé ou non par la loi de chaque pays ou par la conscience professionnelle ou personnelle de celui ou celle qui commet ledit acte. Nous disons que l'acte était bon ou mauvais selon lui ou elle, tant à ce qui a trait à l'agent, au sujet. Encore une fois, nous pouvons regarder de B à C, et considérer la relation de l'acte au droit absolu, figuré par la lettre D de notre bloc ; c'est-à-dire la relation du agir pour le plus grand bien, ou à la volonté de Dieu comme seul guide vers ce plus grand bien. Si nous le jugeons en harmonie avec la volonté de Dieu, et donc
promouvant le plus grand bien, nous disons que c'était juste, innocent et un devoir. Si nous nous arrêtons seulement à la lettre C de notre bloc, C'est le domaine du droit objectif. Nous disons que la loi était bonne ou mauvaise en ce qui concerne ses résultats ultimes, et souvent alors nous laissons nos sentiments et nos émotions prendre le pas sur la loi du pays car selon nos critères personnels elle est injuste, ce qui nous permet selon nos normes personnelles de nous auto-ériger en tant que juge juré et bourreau ou justicier. Par conséquent, chaque acte moral tombera sous l'une ou
l'autre des quatre possibilité de classes suivantes :
1. Subjectivement et objectivement juste ; comme, quand le médecin a l'intention de sauver la vie, et guérit son patient.
2. Subjectivement vrai et objectivement faux ; comme, quand il a l'intention de sauver la vie, mais tue son patient.
3. Subjectivement faux et objectivement juste ; comme, quand il a l'intention de tuer son patient, si ce patient a signé un testament médical demandant l'assistance à mourir, mais lui sauve la vie. Selon la lettre D de notre bloc, il agissait mal en voulant tuer son patient car nul n'a le droit d'enlever la vie et nul n'a le droit de demander à un tiers de la lui ôter car cela est un suicide donc un péché impardonnable aux yeux de Dieu. Mais selon la lettre C de notre bloc, le médecin a également manqué à son devoir professionnel, car il a sauvé son patient au lieu de le tuer selon la volonté testamentaire du dit patient et risque ainsi des poursuites judiciaires...
4. Subjectivement et objectivement faux ; comme, quand il a l'intention de tuer son patient, et réussit. Car alors, aux yeux de Dieu, selon la lettre D de notre bloc, il est un meurtrier et s'il ne se repent pas sincèrement et honnêtement devant Dieu, il ira directement en Enfer. Bien sûr, selon la lettre C de notre bloc, il pourra s'auto-réconforter et justifié en se disant qu'il a accompli la dernière volonté du mourant en le soulageant de ses maux et, qu'en plus, il l'a fait en conformité avec les lois de son pays. Ce cas de figure peut également s'appliquer aux médecins qui se couvrent avec la loi de leur pays pour le contrôle des naissances disant que si la grossesse n'a pas été autorisée par l'État, ledit médecin doit planter une seringue de poison dans la fontanelle du nouveau-né avant que ce dernier n'est eu le temps de pousser son premier cri car alors il serait considéré comme un citoyen et ne peut plus alors être tué par l'accoucheur.
De cette ambiguïté découle qu'un même acte peut être à la fois bien et mal. Le médecin, dans le plus grand usage de son habileté, et surtout désireux de sauver son malade, peut administrer un remède qui produit la mort. Il a bien fait, car il ne pouvait pas innocemment faire autrement. Il ne peut pas se blâmer
lui-même, et ni les hommes ni Dieu. Mais, d'un autre côté, l'acte était mal, car la mort en était la conséquence...

Pascal Cusson

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