Les contradictions entre les deux récits concernant la vie de Joseph



Il n’est pas grave que certains faits du récit de la vie de Joseph soient rapportés
dans la Bible et pas dans le Coran, et vice-versa. En revanche, il n’est pas
acceptable qu’il y ait des contradictions. Car deux récits contradictoires ne
peuvent pas tous deux être vrais.

Selon le Coran, Joseph a interprété le rêve pour l’un des officiers envoyé par
Pharaon, qui s’est chargé de lui transmettre l’interprétation. Or, selon la
Bible, c’est Joseph lui-même qui a interprété le rêve à Pharaon en sa
présence, après que ce dernier l’eût fait sortir de prison et préparé
physiquement à cet effet. Selon le Coran, Joseph a demandé lui-même à
Pharaon l’intendance des magasins du pays. Selon la Bible, c’est Pharaon qui
lui a fait cette proposition. Pour le Coran, Putiphar aurait rencontré Joseph
et sa femme vers la porte de sortie :

« Alors tous deux s’élancèrent vers la porte, lui pour fuir, elle pour le
retenir (…) tous deux le rencontrèrent à l’entrée de la porte. »

Or, si on en croit la Bible, « Elle déposa le vêtement de Joseph à côté
d’elle et le laissa ainsi jusqu'à ce que son mari revienne à la maison. »

Le Coran raconte que les frères de Joseph demandèrent à Jacob, leur père,
de le leur confier. Puis ils seraient partis tous ensemble. Ce qui laisse supposer
qu’ils avaient prémédité la suite. Mais pour la Bible :

« Les frères de Joseph sont allés à Sichem pour faire paître le
troupeau de leur père. Au bout de quelques temps Israël dit à
Joseph : « Tes frères ne font-ils pas paître le troupeau à Sichem ?
Viens que je t’envoie vers eux. »

Par exemple, la Bible ne dit pas que le vêtement de Joseph avait été déchiré
et que la femme de Putiphar avait emporté un fragment de tissu. La Bible
dit : « Alors elle le saisit par son vêtement en disant : « couche avec
moi ! » Mais il abandonna son vêtement dans sa main, prit la fuite et
sortit dehors. »

À cette époque, les gens avaient généralement des vêtements faits de
plusieurs pièces de tissus non cousues. Le récit Coranique raconte que ce
furent les marchands qui trouvèrent par hasard Joseph dans le puits et le
vendirent. Selon la Bible, ce sont ses frères qui le tirèrent du puits pour le
vendre aux marchands venus de Madian.

Le Coran nous dit qu’après que Putiphar fut mis au courant de la situation,
son épouse invita de nombreuses femmes à un banquet où elle lança un
ultimatum à Joseph : soit il couchait avec elle, soit il était jeté en prison. Cela
vous semble-t-il véridique ? Même les hommes ne pouvaient se permettre
d’agir ainsi.

Or, ce fut probablement par crainte que son mari ou qu’une tierce personne
lui demandât des comptes au sujet du vêtement de Joseph dans sa chambre,
ou que ce dernier la dénonçât auprès de son mari qu’elle fit diversion en
l’accusant la première. Il me paraît fortement improbable qu’elle ait
redemandé à Joseph, surtout en public, de coucher avec elle, compte tenu
de la colère du mari. Le Coran raconte :

« Le mari examina la tunique et vit qu’elle était déchirée par derrière.
Voilà de vos fourberies ! s’écria-t-il : elles sont grandes. Ô Joseph !
Laisse s’assoupir cette aventure ; Et toi, ô femme ! demande pardon de
ta faute, Car tu as péché. »

Si le mari reconnut l’innocence de Joseph, comme le dit le Coran, pourquoi
l’emprisonnait-il durant des années et continuait-il à vivre avec cette femme
? Or, la Bible dit que le mari entra dans une grande colère contre Joseph. On
ne s’explique pas non plus pourquoi des femmes auraient pris plaisir à se
couper un ou plusieurs doigts. Il y a probablement une erreur, soit des
scribes de Mahomet, soit, plus tard, au moment de la retranscription du
Coran et le placement des points diacritiques.

D’autre part, si Joseph fut emprisonné le jour même, selon la Bible,
probablement le soir après le retour du mari, on ne voit pas comment la
femme de Putiphar aurait eu le temps d’organiser un banquet après avoir
lancé des invitations aux femmes, et surtout de retrouver Joseph qui
croupissait déjà dans un cachot, loin de la maison de son maître. Le Coran
raconte que la femme de Putiphar donna un couteau à chacune de ces
femmes à ce banquet :

«… puis elle demanda à Joseph de paraître devant ces femmes… Voilà,
leur dit l’épouse du seigneur, celui qui a été cause des blâmes que vous
avez déversés sur moi (…) « S’il ne condescend pas à mes désirs, il sera
jeté dans un cachot et réduit dans un état misérable ».

Quelle imagination des rédacteurs du Coran ! De toute évidence, il y a eu
des rajouts. Les auteurs bibliques n’ont pas cela pour habitude, ils auraient
plutôt tendance à dire les choses crûment. Nous serions naïfs de croire que
ces histoires bibliques racontées par le Coran furent dictées par un ange à
Mahomet. Ces récits étaient racontés tant par des chrétiens que par des juifs.
On y voit plutôt l’empreinte d’un homme et sa volonté d’embellir et de
dramatiser l’histoire.

Ces récits, que les juifs décidèrent de compiler avec les prophéties et les lois
divines dans la Torah, auraient pu faire l’objet de chroniques à part, à l’instar
des hadiths. D’ailleurs, il fut ainsi à l’origine, car les rouleaux étaient séparés.
Si Dieu avait chargé l’ange Gabriel de dicter à Mahomet des histoires que les
juifs ont décidé de léguer à leurs descendants, alors qu’elles sont racontées
dans les détails dans la Bible, pourquoi Dieu ne fit-Il pas de même avec les
livres prophétiques, ô combien plus importants ?

Paradoxalement, les judéo-nazaréens que fréquentaient Mahomet ne
possédaient pas non plus les livres prophétiques de la Bible. Ils n’avaient que
le Pentateuque et les Psaumes. D’où l’alibi de falsification pour expliquer
l’absence des autres livres.

C’est comme si un prophète chrétien, tout en enseignant la falsification du
Coran, allait puiser dans des hadiths des récits racontés par des hommes et
laissait de côté des prophéties importantes que contiendrait le Coran. Nous
aurions aussi douté de lui. Ces récits ont probablement été racontés à
Mahomet par des judéo-nazaréens avant que des califes les aient complétés
au cours des remaniements du Coran.

Mahomet pouvait-il se souvenir mot pour mot de toutes les paroles de
l’ange au sujet de l’histoire de Joseph, puis de les dicter à ses scribes sans
omettre un seul mot ? Sur quel support ses scribes les auraient-ils écrites ? Des
parchemins ? Des papyrus ? Non.

Lorsque le Coran parle de lui comme d’une révélation, un livre écrit dans un
arabe clair et parfait, il est évident que ces propos sont postérieurs à
Mahomet ; car ce livre, que d’ailleurs il n’avait pas l’intention de faire,
n’existait pas encore de son vivant. Par ailleurs, il n’était pas en mesure de
juger de la perfection grammaticale d’une langue, et Dieu ne pouvait pas
mentir, puisque l’arabe écrit était loin, très, très loin d’être parfait et clair.

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