Source apocryphe du récit Marial dans le Coran


On sait aujourd’hui avec certitude que certains récits de la vie de Jésus
trouvés dans le Coran ont pour origines des livres apocryphes, c’est-à-dire
des livres qu’on n’a pas jugé bon d’intégrer dans le canon biblique du fait de
leur invraisemblance. Il existe plus de soixante-dix apocryphes chrétiens et
plus de soixante apocryphes de l’ancien testament. On lit en Sourate 19, à
partir du verset 22 au sujet de Marie :

« Elle devint grosse de l’enfant, et se retira dans un endroit éloigné. Les
douleurs de l’enfantement la surprirent auprès d’un tronc de palmier
...]
« Quelqu’un lui cria de dessous elle : « Ne t’afflige point. Ton Seigneur a
fait couler un ruisseau à tes pieds.

« Secoue le tronc du palmier, des dattes mûres tomberont vers toi.
Mange et bois, et console-toi ; et si tu vois un homme, dis-lui : « J’ai
voué un Jeûne au Miséricordieux ; aujourd’hui, je ne parlerai à aucun
homme ».
Elle alla chez sa famille, portant l’enfant dans ses bras. On lui dit : « Ô
Marie ! Tu as fait une chose étrange. Ô sœur d’Aaron ! Ton père n’était pas
un homme méprisable, ni ta mère une femme suspecte ». Marie leur fit signe
d’interroger l’enfant. Comment, dirent-ils, parlerons-nous à un enfant au
berceau ?

« Alors il dit : Je suis le serviteur de Dieu ; il m’a donné le livre et m’a
constitué prophète. Il a voulu que je sois béni partout où je me trouve ;
Il m’a recommandé de faire la prière et l’aumône tant que je vivrais. »

Or, aucun des quatre évangiles n’a mentionné cette histoire. En revanche, on
la trouve dans un livre apocryphe (l’évangile du Pseudo-Matthieu) paru vers
355 après Jésus et dans lequel on pouvait lire :

« Et le troisième jour, Marie, se sentant fatiguée à cause de la chaleur
dans le désert, dit à Joseph qu’elle voulait se reposer quelques instants
sous un palmier. Puis elle leva les yeux et vit les branches chargées de
fruits (des dattes).
« Elle dit j’aimerais avoir quelques fruits si c’est possible. Aussitôt
l’enfant Jésus leva les yeux avec un sourire joyeux et, s’adressant au
palmier dit : Envoyez-nous un peu de fruits. Aussitôt le palmier s’inclina
vers eux, et ils mangèrent. »

Ce récit ne concorde pas avec le reste de l’évangile. Il a été visiblement
inventé. Par ailleurs, Jésus naquit dans une étable, nous disent les évangiles,
et Marie n’était pas la sœur d’Aaron. Les israélites n’avaient pas pour
habitude d’appeler « sœur » ou « frère » une descendance, surtout si elle était
séparée par plus de mille ans, mais « fils » ou « fille ». Par exemple, des juifs
appelaient Jésus « fils de David » grâce à sa lignée royale, et non « frère de
David ».

Myriam aurait dû être appelée « fille d’Aaron », et non « sœur d’Aaron ». Si,
néanmoins, on continue de garder le terme « sœur d’Aaron » dans le Coran,
c’est qu’il a toujours exprimé l’idée du rédacteur.

Certes, faisant allusion à la fratrie religieuse, lorsqu’on s’adresse directement
aux concernés, ou lorsqu’ils sont de la même génération, on peut parler de
« frère » ou de « sœur » sans qu’il y ait une fraternité directe et immédiate,
mais pas lorsque cette sororité ou cette fraternité concerne une personne
vivant il y a plus de 1500 ans. C’est comme si on parlait de « sœurs ou de
« frères » d’Aaron pour désigner les juifs d’aujourd’hui.
De surcroît, Marie était fille unique. Sa mère s’appelait Anne ou Anna et son
père, Joachim, ou Yehoyakim. D’autre part, elle n’avait pas la même filiation
qu’Aaron. Marie et Joseph étaient, tous deux, de la tribu de Juda, alors
qu’Aaron était de la tribu de Lévi. Dieu pouvait-Il se tromper ? Soulignons
que Jésus n’a reçu aucun livre. Les évangiles furent écrits après sa mort.