La retranscription de la Bible


Il faut savoir que la retranscription de la Bible hébraïque était l’œuvre de
copistes spécialisés, appelés scribes (sôphrim). On peut lire à leur sujet dans
un livre traitant de la question :

« Ils étaient consciencieux dans leur travail et avaient peur de
commettre des erreurs. Avec le temps, ils devinrent méticuleux à
l’extrême, allant jusqu’à compter non seulement les mots, mais aussi les
lettres. »

« […] Si les copistes décelaient la moindre erreur ou une seule lettre
mal écrite, toute cette partie du rouleau était refusée, jugée impropre
à l’utilisation dans la synagogue. Après quoi, cette portion était
retranchée et remplacée par une autre qui ne comportait aucune
faute. »

« Il fallait lire chaque mot à haute voix avant de l’écrire. Inscrire de
mémoire un seul mot était considéré comme un péché grave. Les scribes
religieux devinrent excessifs. On dit qu’ils nettoyaient pieusement leur
plume avant d’écrire le nom Elohim (Dieu) ou Adhônây (Seigneur) ».

Les juifs, probablement, depuis la déportation à Babylone, avaient cessé de
prononcer le nom de Dieu, dit tétragramme, YHWH, qui se prononçait
probablement Yahweh. Par la suite, ils le remplacèrent par Elohim (Dieu) et
par Adhônây (Seigneur).

On peut supposer que Jésus s’abstenait également de prononcer ce nom par
respect pour Dieu et pour ne pas choquer inutilement les juifs ; puisqu’aucun
reproche ne fut formulé contre lui dans ce sens. En revanche, il ne voyait
aucun inconvénient à appeler Dieu « Père » ; ce que certains juifs
considéraient comme blasphématoire.

Quelques siècles plus tard, ces scribes furent désignés par « massorètes ». Ils
évitèrent toujours d’écrire le nom de Dieu, mais signalèrent en marge les
endroits où ces modifications ont été apportées. En plus de cela, pour ne pas
perdre la prononciation du texte consonantique, car l’hébreu est dépourvu
de voyelles, ils conçurent des systèmes de points-voyelles et d’accents. Voilà
pourquoi on parle de textes massorétiques. On peut encore y lire :
« Lorsque les manuscrits des écritures hébraïques utilisés dans les
synagogues juives abîmés, on les remplaçait par des copies vérifiées et
on les déposait dans une « Genizah » (un dépôt ou une réserve de la
synagogue). Quand celle-ci était pleine, on en sortait les manuscrits et
on les brûlait de façon cérémonielle. »

« (…) Toutefois, le contenu de la genizah de la synagogue du Vieux Caire
fut sauvé, probablement parce que la genizah avait été murée puis
oubliée pendant des siècles. En 1890, lorsqu’on reconstruisit la
synagogue, on réexamina les manuscrits entreposés dans la genizah, et
c’est de cette façon que des manuscrits des écritures hébraïques
presque complets ainsi que des fragments (dont certains remontaient au
sixième siècle de notre ère) se retrouvèrent dans différentes
bibliothèques. »

« (…) Depuis 1947, on a mis au jour de nombreux rouleaux bibliques et
profanes en divers endroits à l’ouest de la mer morte. Les plus
importants ont été découverts dans plusieurs grottes près ou dans
l’ouadi de Qumran. On les nomme donc aussi textes de Qumran. Parmi
ceux-ci figuraient le fameux rouleau d’Isaïe (1QEsa), rouleau de
parchemin très bien conservé qui contient tout le livre d’Isaïe à
l’exception de quelques passages illisibles à cause des trous ».

« Le texte hébreu, antérieur au texte massorétique, a été daté de la
fin du deuxième siècle ou du début du premier siècle avant notre ère. Il
est donc plus ancien d’environ mille ans que la plus vieille copie du texte
massorétique actuellement disponible. Pourtant, à part quelques
différences quant à l’orthographe et à la construction grammaticale, les
deux textes sont doctrinalement identiques. Parmi les documents
découverts près de Qumran on compte une centaine de rouleaux… »

Ces manuscrits contiennent tous les livres de l’ancien testament à l’exception
du livre d’Esther. On a retrouvé 870 rouleaux écrits en Araméen, en hébreux
et en grec. Certains livres se trouvaient en plusieurs exemplaires, dont 20
copies de la Genèse, 17 de l’exode et 37 du livre des psaumes.

Il y avait deux artéfacts, des sortes de petits rouleaux en argent datant du
VIIe siècle avant Jésus-Christ, et sur l’un d’eux est gravé une prière que l’on
récite encore dans les synagogues et les églises. C’est une bénédiction
sacerdotale que l’on retrouve en nombre 6 : 24 à 26 :

« Que le Seigneur (YHWH) te bénisse et te garde ! Que le Seigneur
(YHWH) fasse rayonner sur toi son regard et t’accorde sa grâce ! Que
le Seigneur (YHWH) porte sur toi son regard et te donne la paix ! »

Donc, rien ne dit que les textes de l’ancien testament que nous consultons
soient doctrinalement différents de ceux que lisait Jésus en public dans le
Temple. Dieu n’aurait certainement pas laissé Son messager lire au peuple
des livres falsifiés et doctrinalement erronés. Si des textes datant de près de
deux cents ans avant J-C n’ont, pour ainsi dire, pas changé, il se pourrait
qu’il en soit de même pour l’ensemble de la Bible.

Quant au Nouveau Testament, il est composé de deux parties ; une partie
historique relatant la vie de Jésus, partie historique écrite par trois d’entre
eux, Matthieu, Marc, Jean et par Luc, ainsi que des épitres que certains
d’entre eux envoyèrent à différents endroits de rassemblement chrétiens et à
de rares particuliers, et une partie prophétique, composant essentiellement
l’Apocalypse.

Qu’y avait-il à falsifier dans ces lettres ? Le fait que celles-ci condamnent des
pratiques et des enseignements des grandes religions chrétiennes
postapostoliques, tels que la trinité et l’idolâtrie, ne plaide pas en faveur de
la thèse de la falsification. On ne falsifie pas sans raison un livre que l’on
croit être la parole de Dieu pour le simple plaisir de le falsifier. Dans une
lettre envoyée à l’église de Corinthe, Paul a écrit :

« On entend dire qu’il y a de l’immoralité chez vous, une immoralité si
grave que même les païens ne s’en rendraient pas coupables. On raconte,
en effet, que l’un de vous vit avec la femme de son père. »

Nous ne savons pas s’il s’agissait d’une filiation adoptive ou génétique, mais
il n’empêche que ce texte ne fait pas l’éloge des nouveaux convertis de cette
assemblée chrétienne. Comment de tels propos, pourraient encore se trouver
dans un livre volontairement falsifié ? Même si la Bible mettait en lumière les
erreurs du catholicisme, le clergé avait trop la crainte de Dieu pour oser
altérer un message qu’il croyait divin. Il préférait interdire sa lecture.